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Contrat d'alternance vs contrat de professionnalisation : comparatif et modèles officiels

Contrat d'alternance vs contrat de professionnalisation : comparatif et modèles officiels

Vous hésitez entre un contrat d’apprentissage et un contrat de professionnalisation pour recruter ou former un alternant ? Ces deux dispositifs sont souvent confondus, pourtant ils répondent à des logiques différentes, s’adressent à des publics distincts et impliquent des obligations contractuelles spécifiques. Cet article vous propose un comparatif complet, des exemples concrets et les modèles officiels à utiliser en 2025.

Qu’est-ce que l’alternance en France ?

L’alternance désigne un mode de formation qui alterne périodes en entreprise et périodes en centre de formation. Elle repose sur deux contrats distincts :

  • Le contrat d’apprentissage, souvent appelé “contrat d’alternance” dans le langage courant
  • Le contrat de professionnalisation

Ces deux dispositifs permettent à un jeune (ou à un adulte en reconversion) d’acquérir une qualification professionnelle tout en étant salarié. Mais leurs règles de fonctionnement, leurs financements et leurs publics cibles diffèrent significativement.

En 2024, la France comptait plus de 980 000 apprentis et environ 200 000 contrats de professionnalisation actifs. Ces chiffres témoignent de l’importance de ces dispositifs dans le paysage de la formation professionnelle française.

Le contrat d’apprentissage : pour qui, pour quoi ?

Définition et objectif

Le contrat d’apprentissage est un contrat de travail à durée déterminée (ou indéterminée dans certains cas) qui permet à un jeune de 16 à 29 ans révolus de préparer un diplôme ou un titre à finalité professionnelle. Il est régi par les articles L6221-1 et suivants du Code du travail.

Depuis la réforme de 2018 (loi Avenir professionnel), le contrat d’apprentissage a été largement assoupli. Il peut désormais être conclu sans limite d’âge pour certains publics : personnes handicapées, sportifs de haut niveau, ou personnes souhaitant créer ou reprendre une entreprise.

Durée du contrat d’apprentissage

La durée varie entre 6 mois et 3 ans, pouvant être portée à 4 ans dans des cas particuliers (apprenti reconnu travailleur handicapé). Elle est calée sur la durée du cycle de formation.

Exemple concret n°1 : Un étudiant de 20 ans prépare un BTS Commerce International en 2 ans. Son contrat d’apprentissage sera donc d’une durée de 24 mois, avec une répartition du temps entre l’entreprise (environ 60 à 70 % du temps) et le CFA (30 à 40 %).

Rémunération de l’apprenti en 2025

La rémunération de l’apprenti est calculée en pourcentage du SMIC (ou du salaire minimum conventionnel s’il est plus favorable), selon l’âge et l’année d’exécution du contrat :

Âge de l’apprenti1ère année2ème année3ème année
Moins de 18 ans27 % du SMIC39 % du SMIC55 % du SMIC
18 à 20 ans43 % du SMIC51 % du SMIC67 % du SMIC
21 à 25 ans53 % du SMIC61 % du SMIC78 % du SMIC
26 ans et plus100 % du SMIC minimum100 % du SMIC minimum100 % du SMIC minimum

En 2025, le SMIC brut mensuel est fixé à 1 801,80 € (base 35h). Un apprenti de 19 ans en première année percevra donc environ 774 € bruts par mois.

Financement et aides pour l’employeur

L’employeur bénéficie de plusieurs avantages financiers :

  • Exonération de cotisations sociales quasi totale pour les entreprises de moins de 11 salariés
  • Aide unique à l’apprentissage pour les contrats préparant un diplôme jusqu’au niveau bac (6 000 € la première année)
  • Prise en charge des frais de formation par l’OPCO (Opérateur de Compétences) selon un niveau de prise en charge défini par branche

Le contrat de professionnalisation : pour qui, pour quoi ?

Définition et objectif

Le contrat de professionnalisation est un contrat de travail en alternance dont l’objectif est l’insertion ou le retour à l’emploi. Il est régi par les articles L6325-1 et suivants du Code du travail. Contrairement au contrat d’apprentissage, il n’est pas nécessairement adossé à un diplôme : il peut viser une qualification professionnelle reconnue (titre RNCP, certificat de qualification professionnelle, qualification reconnue dans les classifications d’une convention collective).

Public concerné

Le contrat de professionnalisation s’adresse à :

  • Les jeunes de 16 à 25 ans souhaitant compléter leur formation initiale
  • Les demandeurs d’emploi de 26 ans et plus
  • Les bénéficiaires de certaines allocations (RSA, ASS, AAH)
  • Les personnes ayant bénéficié d’un contrat unique d’insertion

Exemple concret n°2 : Marie, 32 ans, ancienne salariée dans la restauration, est demandeuse d’emploi depuis 8 mois. Elle souhaite se reconvertir dans le domaine des ressources humaines. Elle signe un contrat de professionnalisation avec une PME de 50 salariés pour préparer un titre de Responsable RH de niveau 6 (Bac+3). Sa rémunération sera fixée à 85 % du SMIC, soit environ 1 531 € bruts par mois.

Durée du contrat de professionnalisation

La durée est comprise entre 6 et 12 mois, pouvant être portée à 24 mois par accord de branche ou pour certains publics (jeunes sans qualification, personnes en situation de handicap). La formation représente entre 15 et 25 % de la durée totale du contrat, avec un minimum de 150 heures.

Rémunération en contrat de professionnalisation (2025)

ProfilMoins de 26 ans26 ans et plus
Sans qualification55 % du SMIC85 % du SMIC
Avec qualification de niveau bac ou plus65 % du SMIC85 % du SMIC

Des dispositions conventionnelles peuvent prévoir des rémunérations plus favorables.

Financement du contrat de professionnalisation

Le financement est assuré par l’OPCO de la branche professionnelle concernée, sur la base d’un forfait horaire de prise en charge des frais pédagogiques. Ce forfait varie selon les branches et les certifications visées.

Comparatif synthétique : apprentissage vs professionnalisation

Voici un tableau récapitulatif pour vous aider à choisir le bon dispositif :

CritèreContrat d’apprentissageContrat de professionnalisation
Public principal16-29 ans (formation initiale)16-25 ans + demandeurs d’emploi 26+
ObjectifDiplôme ou titre certifiéQualification professionnelle (diplôme ou non)
Durée6 mois à 3 ans (4 ans en cas de handicap)6 à 12 mois (24 mois max)
Temps en formation30 à 50 %15 à 25 %
Rémunération% du SMIC selon âge et année% du SMIC selon âge et qualification
FinancementOPCO (coût-contrat)OPCO (forfait horaire)
Rupture pendant période d’essai45 jours (en entreprise)Période d’essai classique
Tuteur obligatoireMaître d’apprentissageTuteur de professionnalisation

Les obligations contractuelles communes aux deux dispositifs

Quel que soit le dispositif choisi, certaines obligations s’imposent à l’employeur et à l’alternant.

Pour l’employeur

  • Désigner un tuteur ou maître d’apprentissage ayant les qualifications requises
  • Assurer la formation pratique en lien avec les objectifs pédagogiques
  • Respecter les conditions de travail adaptées (durée du travail, travaux interdits aux mineurs, etc.)
  • Déclarer le contrat auprès de l’OPCO dans les délais impartis

Pour l’alternant

  • Suivre les enseignements dispensés par le CFA ou l’organisme de formation
  • Respecter le règlement intérieur de l’entreprise
  • Se présenter aux examens et évaluations prévus

Si vous souhaitez approfondir la rédaction d’un contrat de travail classique avant de vous lancer dans l’alternance, consultez notre guide >-.

Les modèles officiels de contrats en 2025

Modèle de contrat d’apprentissage (CERFA 10103)

Le contrat d’apprentissage est formalisé sur le formulaire CERFA n°10103. Ce document officiel doit être complété par l’employeur et l’apprenti, puis visé par le CFA, avant d’être transmis à l’OPCO pour enregistrement.

Les mentions obligatoires du CERFA 10103 incluent :

  • Identité des parties (employeur, apprenti, représentant légal si mineur)
  • Dénomination du diplôme ou titre préparé
  • Durée du contrat et dates de début/fin
  • Rémunération mensuelle brute
  • Identité et qualifications du maître d’apprentissage
  • Nom et adresse du CFA

Important : Depuis 2020, le contrat d’apprentissage doit être transmis à l’OPCO dans les 5 jours ouvrables suivant le début d’exécution du contrat.

Modèle de contrat de professionnalisation (CERFA 12434)

Le contrat de professionnalisation est formalisé sur le formulaire CERFA n°12434. Il doit être déposé auprès de l’OPCO dans les 5 jours ouvrables suivant sa conclusion.

Les mentions obligatoires comprennent :

  • Identité des parties
  • Nature du contrat (CDD ou CDI)
  • Qualification visée et intitulé de la formation
  • Durée et horaire de la formation
  • Nom de l’organisme de formation
  • Identité du tuteur
  • Rémunération prévue

Exemple concret n°3 : Une PME du secteur informatique recrute un développeur web en contrat de professionnalisation pour 12 mois. Le CERFA 12434 est signé le 2 septembre 2025. L’employeur dispose jusqu’au 9 septembre 2025 pour le transmettre à l’OPCO Atlas (opérateur de compétences du secteur numérique). Le forfait horaire de prise en charge s’élève à 15 €/heure, pour 450 heures de formation, soit 6 750 € pris en charge par l’OPCO.

Rupture du contrat d’alternance : règles spécifiques

Rupture du contrat d’apprentissage

La rupture obéit à des règles strictes :

  • Pendant les 45 premiers jours (consécutifs ou non) en entreprise : rupture libre par l’une ou l’autre des parties
  • Après les 45 jours : la rupture ne peut intervenir que par accord bilatéral écrit, en cas de faute grave, de force majeure, d’inaptitude constatée par le médecin du travail, ou par décision du Conseil de Prud’hommes

Rupture du contrat de professionnalisation

Les règles de rupture sont celles du droit commun du contrat de travail :

  • En CDD : rupture anticipée uniquement pour faute grave, force majeure ou accord mutuel
  • En CDI : rupture selon les règles habituelles (licenciement, démission, rupture conventionnelle)

Pour en savoir plus sur la rupture conventionnelle, consultez notre article >-.

Quel dispositif choisir selon votre situation ?

Vous êtes employeur

Choisissez le contrat d’apprentissage si :

  • Vous souhaitez former un jeune dès le début de sa carrière
  • Vous visez un diplôme reconnu (BTS, Licence Pro, Master)
  • Vous avez besoin d’une présence plus longue en entreprise (formation sur 2 à 3 ans)

Choisissez le contrat de professionnalisation si :

  • Vous souhaitez intégrer un adulte en reconversion
  • Vous avez besoin d’une montée en compétences rapide (6 à 12 mois)
  • La qualification visée n’est pas nécessairement un diplôme d’État

Vous êtes candidat à l’alternance

Optez pour l’apprentissage si :

  • Vous avez moins de 30 ans
  • Vous souhaitez obtenir un diplôme d’État reconnu
  • Vous êtes en formation initiale

Optez pour le contrat de professionnalisation si :

  • Vous êtes demandeur d’emploi, quel que soit votre âge
  • Vous souhaitez vous reconvertir rapidement
  • Vous visez une qualification professionnelle spécifique à un secteur

Points de vigilance juridiques à ne pas négliger

La période d’essai

Dans le contrat d’apprentissage, les 45 premiers jours en entreprise constituent une période probatoire pendant laquelle les deux parties peuvent rompre librement. Ce n’est pas une “période d’essai” au sens strict, mais elle en remplit la fonction.

Dans le contrat de professionnalisation, la période d’essai suit les règles du droit commun : 2 mois pour les ouvriers et employés, 3 mois pour les agents de maîtrise et techniciens, 4 mois pour les cadres.

La convention de formation

Dans les deux cas, une convention tripartite doit être établie entre l’employeur, l’alternant et l’organisme de formation. Ce document précise les objectifs pédagogiques, le programme de formation et les modalités d’évaluation.

Les droits à la retraite et protection sociale

L’alternant bénéficie du régime général de la Sécurité sociale dans les deux dispositifs. Les périodes d’alternance sont comptabilisées dans les droits à la retraite. En cas d’accident du travail, la législation classique s’applique.

Si votre entreprise recrute également des salariés en CDD classique, notre guide >- vous sera utile pour éviter les erreurs fréquentes.


FAQ

Quelle est la différence principale entre contrat d’apprentissage et contrat de professionnalisation ?

La différence fondamentale réside dans le public visé et l’objectif de la formation. Le contrat d’apprentissage s’adresse principalement aux jeunes en formation initiale (16-29 ans) et vise l’obtention d’un diplôme ou titre certifié inscrit au RNCP. Le contrat de professionnalisation, lui, cible aussi bien les jeunes que les adultes en reconversion ou en recherche d’emploi, et peut viser une qualification professionnelle qui ne se traduit pas nécessairement par un diplôme d’État. En pratique, le contrat d’apprentissage implique également davantage de temps en centre de formation (30 à 50 % contre 15 à 25 % pour le contrat de professionnalisation).

Un employeur peut-il conclure les deux types de contrats simultanément ?

Oui, absolument. Un employeur peut très bien avoir en même temps des apprentis (sous contrat d’apprentissage) et des salariés en contrat de professionnalisation. Ces deux dispositifs ne sont pas exclusifs l’un de l’autre et sont financés par des mécanismes différents auprès de l’OPCO. Il convient simplement de respecter les obligations propres à chaque type de contrat et de désigner les tuteurs ou maîtres d’apprentissage requis pour chaque alternant.

Peut-on transformer un contrat de professionnalisation en CDI à l’issue de la formation ?

Oui, et c’est même l’un des objectifs affichés du dispositif. Si le contrat de professionnalisation a été conclu en CDD, il peut être suivi d’un CDI sans délai de carence ni requalification. Si le contrat a été conclu directement en CDI (ce qui est possible pour le contrat de professionnalisation), la période de professionnalisation se termine mais le contrat de travail se poursuit normalement. Dans ce cas, l’employeur n’a pas à verser d’indemnité de fin de contrat.

Quelles sont les aides financières disponibles pour l’employeur en 2025 ?

Pour le contrat d’apprentissage, l’aide principale est l’aide unique à l’apprentissage (6 000 € la première année pour les diplômes jusqu’au niveau bac), la prise en charge des frais de formation par l’OPCO, et des exonérations de cotisations sociales importantes. Pour le contrat de professionnalisation, l’employeur bénéficie d’une prise en charge des frais pédagogiques par l’OPCO (sur la base d’un forfait horaire), d’exonérations de cotisations sociales spécifiques, et éventuellement d’aides de Pôle emploi (France Travail) si l’alternant est demandeur d’emploi de longue durée. Les montants exacts varient selon la branche professionnelle et la certification visée.

Que se passe-t-il si l’alternant échoue à son examen ?

En cas d’échec aux examens, les conséquences diffèrent selon le dispositif. Pour le contrat d’apprentissage, l’apprenti peut redoubler : le contrat peut être prolongé d’un an maximum pour lui permettre de se représenter. Cette prolongation doit faire l’objet d’un avenant au contrat. Pour le contrat de professionnalisation, l’échec à la certification ne remet pas en cause le contrat de travail lui-même : si le contrat est un CDI, il se poursuit normalement ; si c’est un CDD, il prend fin à la date prévue. Dans les deux cas, il est conseillé d’anticiper cette situation dans les clauses contractuelles et de prévoir un accompagnement renforcé du tuteur.

Le contrat d’alternance est-il compatible avec un statut d’auto-entrepreneur ?

Non. Un alternant sous contrat d’apprentissage ou de professionnalisation a le statut de salarié et ne peut pas, en parallèle, exercer une activité professionnelle indépendante dans le même secteur d’activité sans risque de conflit d’intérêts ou de violation de la clause d’exclusivité. Toutefois, une activité auto-entrepreneuriale dans un domaine totalement différent et exercée en dehors des heures de travail peut être tolérée, sous réserve de l’accord de l’employeur et dans le respect des obligations contractuelles. Il est recommandé de consulter un juriste avant de cumuler ces statuts.

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